2.1 Frontières

2.1.1 Les enjeux actuels

Que représentent aujourd’hui les frontières ? Que se passe-t-il aujourd’hui aux frontières ? Tout laisse penser dans un monde globalisé que nous vivrions aujourd’hui dans un « monde sans frontières ». Ce serait même le caractère essentiel de ce qui fait notre actualité depuis la chute du mur de Berlin en 1989.  C’est pourtant inexact, puisque depuis la chute du mur on a vu des nouvelles frontières apparaître, des nouveaux murs surgir (en Inde, aux États Unis, en Israël). Pourtant le vieux concept de frontières délimitant la souveraineté territoriale d’un État semble être dépassé par le flux de capitaux, de personnes et d’information qui permet des échanges sans frontières. Cette ligne imaginaire ou parfois identifié géographiquement par des fleuves ou montagnes ne correspond plus à un lieu. Les dispositifs technologiques contribuent eux-aussi au débordement des frontières traditionnelles. Cela au nom de la prévention vis-à-vis de menaces diffuses : terrorisme, migrants, trafic d’armes. Ainsi dans un monde prétendument plus ouvert, des nouvelles frontières qui ne correspondent pas aux tracés traditionnels s’installent. Des nouveaux murs, des nouvelles barrières repoussent et condamnent des vies humaines à vivre au delà de la barrière. 

Image 2.1.1b – Des migrants au delà de la barrière érigée en Macédoine; source: tempsréel.com

Pour réfléchir…

Quelles sont les nouvelles frontières dans l’ère de la mondialisation ?
Quels nouveaux murs ont été érigés ? Quels murs on été abattus ?
Quel rôle joue la mobilité et l’interdépendance économique ?
Peut-on au nom du terrorisme, des migrations ériger des murs pour nous protéger ?
En parlant du terrorisme certains l’ont appelé « Une guerre de civilisations ». Qu’en-pensez-vous ?
Lisez le texte 1 pour avoir un autre point de vue sur cela :

Texte 1 – Lettre ouverte à un candidat au djihad

Lettre ouverte à un candidat au djihad
par Zineb El Rhazoui, 2016

Avant ton grand départ je voulais t’écrire comme on jette une bouteille à la mer, car je sais que tu ne lis pas. Je ne te connais pas mais je sais beaucoup de choses sur toi. Je sais par exemple que tu n’es pas allé t’attabler avec ton Figaro magazine sous le bras pour prendre ton café et saluer ceux de ton quartier. Tu me liras probablement en tapant djihad sur ton clavier, car c’est ainsi que tu procèdes. Ton moteur de recherche te proposera peut être ma lettre parmi la longue liste de sites qui t’ont appris que le crime de masse était ton identité, que pour aimer ton Dieu, il fallait haïr les hommes.

Ton identité supposée, celle que tu penses avoir perdue et qui t’a fait entreprendre cette quête, c’est aussi la mienne. Lorsque nous étions enfants, puisque nous avons le même âge, je m’étonnais que tu m’appelles « cousine » quand je venais du bled pour passer mes vacances en France. Je trouvais alors que tu avais beaucoup de chance de vivre ici. Tu avais des droits que je n’avais pas, tu allais à l’école républicaine pendant que je vomissais les cours de religion obligatoires. Tu faisais du sport alors que le terrain de handball de mon collège était un vaste champ de boue. et que la moitié de mes camarades de classe avaient renoncé au cours d’éducation physique parce que ils ne possédaient qu’une paire de sandales en plastique. Toi, tu venais frimer en été avec tes baskets dernier cri, tu te soignais gratuitement dans des hôpitaux équipés, alors que seuls les plus nantis parmi nous pouvaient se payer des médicaments.
Aujourd’hui tu prônes la médecine mahométane dans des conférences en France, pays de l’hôpital public, tu conseilles de se soigner au Coran, au miel et à l’urine des chameaux. Demande à tes cousins du bled, ils ont déjà essayé, ça ne marche pas.

Pourtant tu te sentais exclu. Tu disais que tu n’avais pas eu les mêmes chances que les autres et tu as oublié que nous, ceux du bled, n’avions pas eu les mêmes chances que toi. Tu nous as donné beaucoup d’espérance, lorsque enfants nous t’avons vu t’élever contre le racisme, revendiquer ton droit à l’égalité et à l’intégration. L’antiracisme est devenu un étendard d’espoir, nous avons alors cru à des lendemains républicains meilleurs, à une France qui serait enfin fière de sa diversité. Certains de tes cousins ont saisi l’air du temps, ils sont devenus fonctionnaires, enseignants, ministres, avocats ou policiers.

Et toi, regarde-toi.  Tu as fait de l’antiracisme non pas un combat pour l’universalité des droits, pour gommer les différences entre les citoyens d’un même pays, mais une petite lutte pour faire valoir ta portion congrue.

À ta décharge  je reconnais que tu n’y serais jamais arrivé sans l’aide de certains politiques, pour qui l’antiracisme n’était qu’un slogan électoral. Ils ont fait de toi leur chasse gardée, leur fonds de commerce. Ils t’ont expliqué que toi, né en France, tu étais différent et tu le serais toujours, car c’est ainsi qu’ils te voient, pas moi. Loi qui fut ta cousine, je sais que tu n’es pas exclu ipso facto mais que tu te complais dans cette posture pour mieux haïr. Ils t’ont appris que ce n’était pas la peine d’apprendre à l’école, car tu ne trouverais jamais de travail. Pendant ce temps, chaque jour des nouveaux arrivants en France s’élevaient par le savoir. Ils t’ont ôté toute notion de mérite en te consacrant de quotas, convaincus que s’était le seul moyen pour toi d’intégrer les grandes écoles. Lorsque tu as sombré dans la petite criminalité, ils t’ont trouvé des excuses pour mieux s’attirer le vote de tes pères. Pas moi. Car je sais que si tous les hommes sont égaux en droits, ils le sont aussi en devoirs. Les politiques de ce pays t’ont expliqué que ta religion prônait la paix et l’amour, alors que ton imam t’expliquait qu’il fallait battre ta femme. Que dis-je ? Tes femmes ! Lorsque tu as arboré un accoutrement afghan pour revendiquer ton identité de Nord-Africain, ces mêmes politiques t’ont expliqué que tu avais le droit de te ridiculiser dans l’espace public, car il s’agissait de ta «culture ».   Moi je sais que ce n’est pas l’habit qui fait l’Arabo-Berbère, l’Amazigh, que dans la langue de Jugurtha veut dire l’homme libre.

Sais-tu au moins ce que le mot djihad veut dire avant d’y aller ? Toi qui baragouines l’arabe depuis que tu appliques à la lettre la foi de Mahomet ? Je gagerais que non. Ton arabe, celui que j’ai tété du sein de ma mère, ce dialecte que parlent tes parents et que tu n’as jamais appris, ne connaît pas ce mot. Tu n’as jamais eu à défendre tes droits en arabe. Tu n’as jamais eu à répondre à ton agresseur parce que tu es une femme, tu n’as pas eu à corrompre un fonctionnaire pour te délivrer ton acte de naissance, ni à expliquer à un policier ce que tu fais avec ta petite amie, ni à chanter les louanges d’un dictateur, ni à supplier à l’entrée d’un dispensaire pour que l’on daigne te soigner. Tes droits, tu les as toujours obtenus en français, et pourtant tu hais cette patrie.

Djihad veut dire effort, mais quel effort as-tu déjà fait avant de te résoudre à faire celui de la guerre ? Ton islam à toi, celui que tu penses être ton identité retrouvée, n’est qu’une maladie mentale, une nécrose de la raison, une défaite de ton humanité. Lorsque tu cesseras de te faire passer pour une victime alors que tu es ton propre persécuteur, lorsque tu accepteras d’être enfin ton seul maître et non le mercenaire et l’esclave d’une idéologie qui te méprise tout autant que ces politiques qui ont fait de toi le parent pauvre de la République, je pourrais te dire, moi ta lointaine « cousine » du bled, comment faire pour t’intégrer en France tout en retrouvant enfin ton identité. Pour l’y avoir étudiée je pourrais te démontrer que ta langue, l’arabe, est remarquablement enseignée dans notre pays. Je t’apprendrai que Paris est al capitale de la culture arabe, celle qui n’a pas droit de cité sous les cieux de nos dictatures. je t’emmènerai voir des spectacles d’artistes arabes qui ne peuvent plus se produire dans leur pays à cause de tes idéologues. Je te montrerai que la France est aussi la Mecque de ceux parmi nous qui défendent les droits humains dans des pays qui les violent allégrement. Si tu es encore parmi nous tu verras qu’il est possible de renouer avec ton identité perdue tout en étant français plus que jamais. 

Zineb El Rhazoui  « Lettre ouverte à un candidat au djihad », Le Figaro magazine 22 juillet 2016

Vers l’oral interactif

Écoutez attentivement l’extrait audio tiré France-culture.fr et complétez la fiche texte 2.

Vers l’oral individuel

Regardez l’image 2.1.1c tiré de Africa-info. Lisez attentivement la légende. Documentez-vous sur la condition des migrants marocains.

Image 2.1.1c source: Libération.fr
Le 25 décembre à l'aube, un groupe de migrants a pris d'assaut la clôture surmontée de barbelés près de Benzu, dans le nord du territoire marocain, à la frontière avec l’enclave espagnole.

Pour en savoir plus

Image 2.1.1e source: centrepresseaveyron.com

Lisez l’article « Actu France-monde » en accordéon.

Partout la tentation des murs

Migrations : partout dans le monde, la tentation des murs
Le 22 Août 2015

La mondialisation a aboli bien des frontières pour les marchandises, mais pas pour les humains: les inquiétudes sécuritaires et les désirs d'endiguer l'immigration illégale font s'élever des murs de par le monde, même si les experts doutent de leur efficacité à long terme.

Il y a un quart de siècle, à la chute du mur de Berlin, il y avait 16 murs défendant des frontières dans le monde. Il y en a aujourd'hui 65, terminés ou en voie de l'être, selon la chercheuse Elisabeth Vallet, de l'université de Québec.

Du mur de séparation israélien (le "mur de l'apartheid" pour les Palestiniens), à la barrière de barbelés de 4.000 kilomètres que l'Inde construit à sa frontière avec le Bangladesh, ou à l'énorme digue de sable qui sépare le Maroc des régions tenues dans le Sahara par la rébellion du Polisario: les murs et les barrières sont de plus en plus prisés par les politiciens désireux de paraître fermes sur les questions de migrations et de sécurité.

En juillet, le gouvernement conservateur hongrois a entamé l'édification d'une barrière de quatre mètres de haut le long de sa frontière avec la Serbie, pour tenter d'entraver le flot de réfugiés fuyant la Syrie, l'Irak ou l'Afghanistan.

"Nous avons abattu les murs récemment en Europe", a alors commenté un porte-parole de l'Union européenne, "nous ne devrions pas en bâtir de nouveaux".

Trois autres pays - le Kenya, l’Arabie Saoudite et la Turquie - fortifient leurs frontières pour empêcher les infiltrations de jihadistes venant de pays voisins, la Somalie, l'Irak et la Syrie.

- Une illusion de sécurité -

Bien qu'ils constituent des symboles agressifs, leur efficacité est toute relative, estiment des spécialistes.

"La seule chose que tous ces murs ont en commun, c'est qu'ils constituent surtout des décors de théâtre", assure Marcello Di Cintio, auteur du livre : "Murs, voyage le long des barricades". "Ils fournissent une illusion de sécurité, pas une vraie sécurité".

Malgré ces obstacles, les migrants finissent en effet par passer, la cocaïne n'a jamais manqué sur les tables de Manhattan ni les cigarettes de contrebande à Montmartre. Et, malgré les sentinelles qui tiraient à vue, même le mur de Berlin n'a jamais été étanche.

Les partisans des murs estiment que des fuites valent mieux qu'une inondation, mais pour Marcello Di Cintio les répercussions psychologiques de l'édification de telles barrières ne peuvent être ignorées.

Il cite ainsi les anciens de la tribu indienne d'Amérique Tohono O'odham, dont certains sont morts, apparemment de chagrin, quand le mur séparant le Mexique des États-Unis les a coupés de certains de leurs sites sacrés.

Leur histoire fait écho à ce que le psychologue berlinois Dietfried Muller-Hegemann avait baptisé dans les années 70 "la maladie du mur", avec de forts taux de dépressions, d'alcoolisme et de violences familiales chez ceux qui vivaient dans l'ombre du mur séparant la ville en deux.

- Les pauvres plus touchés -

En fait, les murs ne changent rien aux causes profondes de l'insécurité ou de l'immigration : l'érection de toutes ces barricades n'a en rien enrayé la hausse des demandes d'asile ou des attaques terroristes. Elles ont simplement conduit les groupes à s'adapter.

Selon Reece Jones, professeur à l'université d'Hawaï, auteur de l'ouvrage "Murs frontières : sécurité et guerre au terrorisme aux États-Unis, en Inde et en Israël", ils ne sont efficaces que contre les plus pauvres et les plus désespérés.

"Les cartels de la drogue et les groupes terroristes ont les moyens de les contourner, la plupart du temps grâce à de faux papiers", dit-il. "La fermeture des frontières ne fait que déplacer le problème, conduisant les migrants à travers de terribles déserts ou sur des bateaux de fortune en Méditerranée. Cela ne fait qu'augmenter le nombre des victimes".

Plus de 40.000 personnes ont péri depuis 2000 en tentant d'émigrer, a estimé l'an dernier l'Organisation internationale des migrations (OIM).

Pour Emmanuel Brunet-Jailly, de l'université canadienne de Victoria, "les flots de migrants actuels font que les murs sont sans doute nécessaires pour les politiciens. Ils renvoient aux vieux mythes de la frontière, la ligne tracée dans le sable. Il est plus difficile pour l'opinion d'accepter le fait que la coopération diplomatique et le partage des informations sont beaucoup plus efficaces à long terme".

Source : AFP

 

Production écrite

Rédigez un éditorial pour le journal de votre école  ayant pour titre «  Nouvelles frontières » .
Comment? Consultez la page 14.1.5 pour réviser les stratégies d’écriture de l’éditorial.

Section B niveau supérieur

« Le monde se referme ». Discutez cette affirmation en exprimant votre point de vue en 150 à 250 mots.

2.1.1a

Image 2.1.1a – Des murs et des ghettos; source: ism.fr

Textes et fiches à télécharger

Texte 1
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2.1.1d

Image 2.1.1d – Les murs, histoire ancienne; source:"Asterix contre César"

Lexique thématique

  • barrière
  • frontière
  • mur
  • démarcation
  • barbelé
  • tracé
  • anti-migratoire
  • menace
  • séparation
  • ghetto
  • dispositif technologique
  • abattement des frontières
  • chute du mur

2.1.1f

Image 2.1.1f – crédit : Samantha Sais- Reuterse

Profil de l’apprenant

Informé: 
L’apprenant penche sur des questions qui ont de l’importance à l’échelle mondiale et locale.

2.1.1g

Image 2.1.1g

Théorie de la connaissance

Est-ce que les murs érigés par les hommes démarquent des différences réelles entre ethnies, cultures, économies, sociétés, mondes différents ?