2.3 Les relations internationales

2.3.3 Une guerre de civilisation?

Le professeur à l’Université d’Harvard Samuel Huntington avait publié en 1996 un livre traduit en français par « Le choc des civilisations » (Odile Jacob). Ce livre fut considéré aux États-Unis comme la contribution la plus importante à l’étude des relations internationales depuis l’invention du concept de Guerre froide en 1947. D’après lui la nouvelle ligne de fracture dans les relations entre pays ne serait pas la conquête des territoires mais les frontières entre cultures et religions. Ce que montre Huntington tout au long de son livre, c’est que « la modernisation n’est pas synonyme d’occidentalisation ». Les peuples non occidentaux connaissent un développement économique florissant mais ne sont pas prêts à brader leurs valeurs culturelles et religieuses. La suprématie de la langue anglaise, du dollar et du Big Mac n’est qu’un phénomène superficiel qui n’a pas d’influence en profondeur sur les sociétés. La véritable nouvelle clé de l’histoire serait donc culturelle avant d’être économique ou politique.

Cette thèse repose sur un concept, celui de civilisation, qui se définit comme l’entité culturelle la plus large avant l’unité du genre humain et se caractérise essentiellement par la religion.

Image 2.3.3.b – Le choc des civilisation S. Huntington

Pour réfléchir…

De nombreux critiques ont reproché à Huntington le manque de consistance du concept de civilisation, son caractère artificiel au regard des conflits internes et des disparités qui subsistent dans chacune de ces grandes civilisations. Un tel découpage est-il pertinent ?
Le vrai clivage ne serait-il entre une société ouverte respectueuse des différences et libertés et une société close fondée sur la censure et la surveillance ?
Pourquoi la civilisation occidentale est considérée en déclin ?
À quoi est assimilée la politique étrangère menée par l’Occident au nom des droits de l’homme ? Qu’est-ce qui nourrit et exacerbe le rejet de cette culture ?
Les attaques sanglantes en Belgique et en France ne transcendent-elles l’appartenance religieuse ? Pourquoi représentent-elles une menace à l’islamisme modéré ?

2.3.3a

Image 2.3.3a – La burqua

Vers l’oral Interactif – Activité 1

Écoutez attentivement  le l’extrait audio et complétez la fiche texte 2.

Activité 2

Le débat entre les deux sociologues lance des pistes de réflexion. Comment vous vous situez par rapport aux deux points de vue en question ?
Divisez-vous en deux groupes et en vous appuyant sur des arguments justifiez votre position.

Introduire un point de vue

Voici quelques expressions utiles pour introduire votre point de vue :
  • Cette audition a été l'occasion d'une confrontation très utile qui a suscité de nombreuses suggestions et sujets de réflexion....
  • Cette contribution entend apporter des éléments de réflexion à ce sujet...
  • Face aux défis de la mondialisation, de nouvelles pistes de réflexion et d'action doivent être envisagées...

Production écrite

Vous êtes choqué(e) par un article xénophobe paru sur votre magazine préféré. Réagissez dans la rubrique des lecteurs. Comment? Consultez la page 14.1.2 pour réviser les stratégies d’écriture du courrier.

Section B niveau supérieur

« Il n’y a aucun choc des civilisations, il y a un choc des ignorances». Discutez cette affirmation de Tahar Ben Jelloun en exprimant votre point de vue en 150 à 250 mots.

Textes et fiches à télécharger

Texte 1
Fiche texte 1 Word | PDF
Fiche texte 2 Word | PDF

2.3.3c

Image 2.3.3c – Amour ou haine ?

Lexique thématique

  • mondialisation
  • globalisation
  • rejet
  • modernisation
  •  relativisme
  • différentialiste
  • société ouverte
  • Société close
  • terrorisme
  • modéré
  • fanatique
  • thèse
  • sociologue
  • attentat
  • islamophobie
  • choc

Profil de l’apprenant

L’apprenant reconnaît l’interdépendance avec les autres et dans le monde où nous vivons, il s’intéresse à des questions à l’échelle locale et globale.

Théorie de la connaissance

La culture représente-t-elle la ligne de fracture entre les hommes ? Peut-on véritablement parler de culture mondiale ?

Concept

Civilisation
Ensemble des caractères propres à la vie intellectuelle, artistique, morale, sociale et matérielle d'un pays ou d'une société. (Larousse)

Choc des civilisations
Selon Huntington le monde est divisé en civilisations qui seraient à la base des nouveaux conflits pour établir un nouvel ordre mondial.

Mondialisation
Le terme de mondialisation (l'anglicisme globalisation est parfois aussi employé) désigne le processus d'intégration des marchés et de rapprochement des hommes qui résulte notamment de la libéralisation des échanges, du développement des moyens de transport de personnes et de marchandises, et des retombées des technologies de l'information et de la communication à l'échelle planétaire...

Texte 1 – Choc des civilisations ? Non, choc des ignorances

Choc des civilisations ? Non, choc des ignorances
par Tahar Ben Jelloun, 2016

Les civilisations se rencontrent, se mélangent, se tissent, circulent et continuent leur chemin en se moquant bien de ce que nous pensons de leurs trajectoires, de leurs effets, de leur gloire et de leur décadence. Elles sont le corps et l’esprit de l’Humanité. Ce sont les hommes qui les ont nourries et ce sont parfois ces mêmes hommes qui les détruisent. Mais quelles que soient les brutalités dont est capable l’homme, elles se maintiennent ou du moins s’inscrivent dans le registre de l’histoire et témoignent. Elles sont la mémoire de l’humanité.

Ce sont des rivières, des fleuves nourris par d’innombrables ruisseaux charriant des matériaux venus de plusieurs continents, des mémoires d’une humanité qui a bâti des monuments extraordinaires puis les a détruits en faisant des guerres longues et inutiles. Toutes ces mémoires se déplacent à travers le temps, un temps qui n’est pas le nôtre, dans un espace divers et semblable, un temps que l’homme n’est pas capable d’imaginer. A aucun moment les civilisations ne se sont constituées en blocs de fer dans le but de produire des chocs. 

Cette idée du choc est une image inventée par un sociologue qui cherche à faire de l’effet, mais cette métaphore est basée sur quelque chose de faux parce que impossible. Du fait même qu’elles s’imbriquent et passent les frontières sans que personne ni rien ne peut les arrêter, elles ne se confrontent pas, elles s’assimilent mutuellement, se manifestent ici et là, parfois loin de leurs lieux d’origine, c’est ce qui fait illusion.
Evidemment il est plus facile de soulever des foules avec le thème du « Choc des Civilisations ». Il est plus courant de créer des foyers de guerres plutôt que de favoriser des processus de paix. L’homme fait son marché selon ses besoins et ses moyens. Il prend ce qui lui convient. Il peut être musulman ou évangéliste fanatique et utiliser les dernières découvertes de la science en médecine, en science de la communication etc. Car il sait qu’aucune civilisation en particulier n’appartient à personne. Aucune loi ne lui interdit de profiter des apports d’un pays à l’humanité. Aucune loi ne l’empêche d’entrer visiter un musée où sont exposés des merveilles du monde, d’aller écouter un concert ou un opéra, de visiter des sites archéologiques, de consommer des produits des cultures du monde. Nous sommes faits des temps passés et nous portons les traces de cette mémoire qui s’est constituée dans divers continents et à des époques très éloignées les unes des autres. A notre simple date de naissance on devrait ajouter quelques milliers d’années faites d’héritage transmis de générations en générations, et cela remonte à des temps tellement anciens qu’on est incapable de les situer. 
Il est des sociétés où les valeurs de civilisation sont plus ancrées que dans d’autres pays. Nous n’avons pas tous le même degré d’alphabétisation, les mêmes capacités pour accéder à la culture, les mêmes chances d’être en contact avec les chantiers de création etc. Nous ne vivons pas tous dans des Etats démocratiques, des Etats où le droit est la valeur fondamentale. La pauvreté peut être un handicap pour faire vivre les cultures. En même temps il est pays riches qui consacrent si peu de moyens au développement des cultures et des civilisations.
Il est des pays où la culture est sacrifiée au profit de l’armement. Ce qui n’empêche pas la population de vivre ses propres valeurs culturelles s’appuyant sur l’héritage des anciens. Mais l’homme n’a pas encore atteint cette sérénité sublime qui fait de lui un être culturel prenant le dessus sur l’être naturel.

Conférence prononcée par TBJ à Bard College, le 24 octobre 2010 ; New York